Musique et Massothérapie

Par Jacques Hains, massothérapeute et membre AMTMDL

Écrire sur la musique est chose paradoxale car la musique n’a pas besoin des mots pour exister. Elle évolue de sa vie propre, avec ses propres règles. Son pouvoir bienfaisant n’a pas besoin d’être expliqué pour agir. Il y a une « intelligence musicale » qui n’a rien à voir avec le quotient intellectuel. Je vais malgré tout vous entretenir de mon expérience musicale en espérant que vous puissiez y trouver quelque profit pour votre propre démarche.

Depuis 30 ans, je poursuis une double carrière de massothérapeute et de musicien (organiste dans les églises). La musique et le massage sont pour moi deux façons de faire directement du bien aux autres. Au fil du temps, une synergie s’est développée entre mes deux pratiques, chacune enrichissant l’autre. Grâce à la pratique musicale, je suis devenu un meilleur massothérapeute; et grâce à la pratique du massage, je suis devenu un meilleur interprète.

Je conçois une séance de massage comme un rituel sacré, une forme de méditation qui, en plus du bien-être corporel, permet d’accéder à des zones de conscience supérieure, à une paix transcendante. Le caractère sacré est suggéré à la personne que j’accueille par le dépouillement et la propreté du local, la lumière tamisée, l’encens, les couleurs pastel, les gestes lents, le ton de voix calme. Et, bien sûr, par la musique ! En fait, elle contribue à tel point à l’ambiance, à la magie et au voyage intérieur que je ne saurais m’en passer.

La musique a au début du massage une fonction pratique : elle donne le ton sur la nature de l’activité, elle masque les petits bruits environnants et incite la personne massée à garder le silence et à se recueillir. Ensuite, en cours de massage, elle amène à lâcher prise, à faire taire le mental et à se concentrer sur les sensations à recevoir.

Nous ne sommes pas toujours conscients du pouvoir de la musique sur nous-mêmes car elle agit de façon subtile en touchant directement le subconscient sans passer par le cerveau conceptuel. Comme tous les primates, nous les humains percevons premièrement le monde par la vue. Or, durant le massage, ce sens est déconnecté; on ferme les yeux quand on se fait masser. Moi-même, d’ailleurs, quand je suis en train de masser, je garde les yeux fermés afin de me concentrer sur le toucher. Le champ est alors ouvert aux autres sens le toucher bien sûr, mais aussi l’ouïe. Or, contrairement à la vue, qui engendre une expérience de type analytique et intellectuel, le toucher et l’ouïe favorisent une expérience de type émotif et intuitif.

Idéalement j’aimerais, tout en donnant un massage, pouvoir jouer la musique sur mon instrument; il y aurait alors une interaction parfaite entre la musique et le massage. Mais je n’ai pas quatre bras (comme la déesse hindoue Kali !) et je me satisfais durant un massage de faire jouer des montages CDs de musique que j’ai moi-même choisie et parfois enregistrée.

Mes débuts en massothérapie, dans les années 1980, ont coïncidé avec l’émergence de la musique du « Nouvel Âge ». Quelqu’un m’avait prêté une cassette de Steven Halpern et ç’a été le coup de foudre ; j’ai été séduit par l’atmosphère éthérée, aérienne qui s’en dégageait. Je flottais dans l’air, libéré de la pesanteur. J’avais déjà ressenti cela en écoutant du chant grégorien ainsi que la musique de Claude Debussy, d’Olivier Messiaen, de Pink Floyd ou de Vangelis. Et voilà que la musique Nouvel Âge en faisait sa spécialité !

Malheureusement, ce courant musical a généré une énorme production de type commercial que je trouve souvent peu inspirée. La création musicale par ordinateur et synthétiseur a permis des sons tenus et des timbres nouveaux qui évoquent l’espace et l’au-delà, mais il s’en dégage trop souvent ennui et froideur et on en vient à regretter la chaleur de la voix et des instruments acoustiques traditionnels. Dans ma recherche d’une pièce musicale intéressante, j’ai parfois eu l’impression d’être un chercheur d’or qui devait filtrer énormément de sable au tamis avant de découvrir une pépite d’or.

Dans la vie, il y a un temps pour l’action et un temps pour la détente. Pour faire le ménage, rien de tel qu’une bonne musique rock, avec rythme à la batterie et ligne de basse bien affirmée! Il s’agit alors d’une musique pour l’action, pour faire. Mais durant un massage, nous voulons une musique pour être, une musique fluide qui nous amène dans un espace-temps différent où l’éternité rejoint le moment présent.

Dans ma recherche d’une musique adéquate pour la massothérapie, j’ai donc établi certains critères :  

  • La pulsation rythmique est lente, très lente même ou absente, et discrètement soulignée. 
  • Le volume sonore est égal, sans envolées ni contrastes importants. 
  • Il n’y a pas d’orchestration puissante; la musique vocale est sans paroles ou dans une langue étrangère.
  • Chaque pièce dure au moins cinq minutes; l’accent n’est pas mis sur l’expression d’émotions fortes.
  • J’évite les clichés, les musiques qu’on entend partout.
  • Je recherche aussi la qualité artistique et l’inspiration.

Comme je n’arrivais pas à trouver une cassette répondant du début à la fin à ces critères, j’en suis arrivé à faire mes propres montages  (aujourd’hui, j’en ai une cinquantaine). Travailler sur cassette était long et laborieux, mais les choses sont devenues beaucoup plus simples et agréables avec l’avènement du son numérisé et de l’ordinateur.

Je puise ma musique dans tous les genres: Nouvel Âge, musique du monde, classique, jazz, musique religieuse ou incantatoire, chant grégorien, blues, etc. Une fois les pièces retenues, je passe au travail de montage. Il s’agit de déterminer l’enchaînement des pièces, de faire des fondus-enchaînés, des crescendos et decrescendos, d’égaliser les niveaux sonores, à l’occasion d’écourter un morceau ou de le répéter, parfois de corriger l’acoustique en atténuant les fréquences aïgues ou graves, etc. Il m’est arrivé de recourir à des solutions créatives : intercaler un morceau au milieu d’un autre ; superposer deux morceaux (du chant grégorien et des gongs balinais, par exemple !) ; improviser un accompagnement de piano sous une ligne de chant, etc. Le résultat au bout du compte est un voyage musical de 75 minutes qui donne l’impression de partir, de cheminer vers une destination tout en vivant en cours de route toutes sortes d’épisodes.

Et puis un jour j’ai eu envie de réaliser ma propre musique, mon propre CD de musique zen. Je me suis assis au piano et me suis recueilli pour retrouver l’état d’esprit dans lequel je suis quand je donne un massage. Un esprit de concentration, de retenue, de conscience permanente. Puis j’ai cherché une idée musicale sur laquelle improviser, en appliquant au clavier mon toucher de massothérapeute. Les jours suivants, j’ai refait le même exercice pour peaufiner cette idée musicale. Au bout d’une semaine, j’ai enregistré mon improvisation. J’ai fait ainsi durant 14 semaines, en sorte d’avoir 14 morceaux que j’ai appelé : « Musique pour percevoir l’espace entre les atomes ».*

Je souhaite vous avoir fait réaliser que la musique est beaucoup plus qu’un bruit de fond pour meubler l’espace sonore. De tous temps, toutes les religions et spiritualités ont intégré une forme de musique dans leur pratique, comme moyen d’accès à l’au-delà, à l’invisible, à ce qui nous dépasse. Si vous êtes thérapeute, elle sera une alliée fidèle pour vous aider à faire du bien aux autres.

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